Le vent tourne-t-il ?

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Le vent tourne-t-il ?

Message par Édouard VII le Dim 5 Juil 2015 - 23:56

Arban de Tassier a écrit:Avaricum ! Avaricum !
Il y a des années, ce nom faisait trembler les plus grands princes de l’univers. Chacun s’inclinait devant l’influence, l’opulence, et la culture du Saint-Empire, l’astre resplendissant dans le concert des nations.  Par un savant mélange d’alliances conjugales, de tractations diplomatiques et de guerres fort bien menées, cet état - simple comté à ses débuts - se hissa minutieusement au sommet de la gloire.  

Mais hélas ! La malédiction de l’indolence et la fatalité du déclin s’abattirent dans un fracas soudain sur les terres rurales de cette péninsule au peuple fier et travailleur. Tout commença lorsque Sa Majesté Édouard VI se retira dans sa propriété de Trèves, délaissant la gouvernance du pays et une partie de la cour le temps d’un léger repos. Le décès du souverain zollernois d’alors, le grand-duc François-Joseph, vint troubler la quiétude et l’insouciance du relais de chasse en perpétuel agrandissement. L’Empereur, sa famille, et quelques proches courtisans revêtirent donc le deuil et durent retourner promptement au Palais Aragon.  Les carrosses et leur escorte s’ébranlèrent dans la matinée et prirent la direction de la capitale. Pourtant, personne ne les vît jamais arriver. C’est un meunier de passage sur la route empruntée qui donna l’alerte, quelques jours plus tard, à la maréchaussée locale : les voitures, brisées et calcinées, jonchaient le fond d’un fossé, entourées des gardes et domestiques tués à l’arme à feu.

Naturellement, dans un premier temps, l’on crut à une méprise. Mais la vérification de l’uniforme des soldats et du contenu des malles du cortège ne laissèrent aucun doute aux autorités. Puisque Edouard et sa famille restaient introuvables, les enquêteurs émirent l’hypothèse d’une attaque de rançonneurs.  Par conséquent, l’on patienta des semaines à Castillon-Villeroy dans l’attente d’un signe des forbans réclamant un prix en contrepartie de la libération des otages. Mais ce fut le silence total. Au même moment, l’on apprit que les trois autres familles princières régnantes du Saint-Empire avaient elles-aussi disparues dans des circonstances similaires. Dès lors, une panique s’empara de la population des villes puis se propagea peu à peu dans les campagnes. Le peuple avarois, attaché à son pater familias, l’Empereur, et pétri d’absolutisme depuis des temps immémoriaux, se retrouva entièrement égaré et assommé par la terrible réalité d’un trône vacant et d’un gouvernement inopérant.

Car, s’ajoutant à ces pertes inexplicables, les institutions du pays se flétrirent de l’intérieur et entrèrent dans de violentes rivalités. Sans souverain, la monarchie absolue avaroise ne pouvait plus fonctionner : un corps ne vivait longtemps sans tête. Les intermédiaires s’entredéchirèrent pour des affaires allant de la simple transgression de prérogatives à la plus sévère divergence sur la personnalité à suivre en tant que chef de faction. De nombreux hobereaux et commis de l’Etat s’entourèrent en effet de suivants prêts à défendre au fil de l’épée leurs corporatismes autrefois endigués et tenus en respect par le complexe système des usages, de la préséance, et des faveurs impériales et princières.  C’est ainsi que prirent forme de véritables cliques plus violentes et intimidantes les unes que les autres, découpant Avaricum en une multitude de seigneuries rivales orchestrées par des individus allant du simple capitaine de garnison jusqu’au plus puissant des marquis.

D’autres problèmes, déjà timidement présents dans les dessous du Saint-Empire, purent se manifester avec force et s’ajouter aux causes de cette déliquescence générale. La conversion de la population au zorthodoxisme, surtout par le biais de la noblesse,  ne s’était déroulée que fort maladroitement et il s’avéra que bon nombre d’avarois pratiquaient encore le syisme en secret. Certaines cliques se rallièrent ainsi autour d’un exarque zorthodoxe ou d’un archiprêtre syiste autoproclamé, ajoutant une facette de conflit religieux à une crise nationale déjà terriblement grave. En outre, une nation halawite héritière de la défunte Turcosie, le califat d’Alharkoum, avait déjà entamé quelques actes de piraterie isolés peu avant la disparition de l’Empereur.  Profitant de l'inexistence des surveillances côtières, le califat menait désormais des raids sur les bourgs en bord de mer, pillant vivres, richesses, et enlevant hommes et femmes pour les revendre comme esclaves. Ces écumeurs particulièrement fougueux  firent montre d’une audace saisissante en remontant même plusieurs rivières pour s’attaquer aux contrées intérieures, tant et si bien qu’il était parfois possible de les apercevoir à une poignée de lieux seulement de Castillon-Villeroy.

Pourtant, tout espoir n’était pas perdu. Bien qu’elle aussi lézardée par les dissensions, une institution avaroise était parvenue à conserver quelques hommes intègres, droits, fidèles, et dont l’intérêt se confondait avec celui d’Avaricum tout entier : L’armée impériale. Ou, plus précisément, les soldats qui avaient décidé après des années d’errance et de petit brigandage de rejoindre le cercle de braves qui entourait le Sénéchal du Saint-Empire, Archibald-Tancrède d’Odenaarde-Barotant. Peu après les débuts de la crise, le Duc était sur le point de dévoiler au grand jour un complot au sein du Conseil des Immortels lorsque, au lieu d’arrêter les fautifs, ses propres hommes, manifestement soudoyés, le mirent au cachot où il croupit durant une année. Il parvint à s’en échapper au cours d’une fuite rocambolesque et rejoignit un corps de légionnaires des colonies stationnés à Porto-Vesti.  C’est de là que débuta sa longue campagne de pacification d’Avaricum. Ralliant des régiments, en matant d’autres, le Sénéchal prit de l’expérience et plusieurs cheveux blancs. Les déplacements nombreux et rapides, les exactions de guerre, et une inquiétude constante pour ses hommes pesèrent profondément sur le Sénéchal qui se refusait obstinément à combattre aussi bassement et ignoblement que certains maîtres de clique.

Mais ce matin d’été, alors qu’Avaricum entrait dans sa seconde année de crise, le Duc de Barotant s’était dirigé avec plusieurs régiments d’infanterie légère et de hussards devant le principal poste-frontière menant en Aldarnor. Il était bien entendu déserté de ce côté-ci, et le pont avait semble-il été dynamité à la hâte. Toutefois, des soldats du royaume voisin, probablement de simples vigiles, paraissaient les observer de l’autre côté. Une estafette fut envoyée à cheval leur adresser un billet qu’elle plia dans un drapeau avarois, lui-même attaché à une pierre, et qu’elle lança ensuite si bien au-dessus de l’eau écumante qu’elle atterrit aux pieds des Aldanorins.


" Messieurs les vigiles,

Nous n’avons aucune intention belliqueuse.
Nous vous saurions gré d’aider ici-même nos soldats à reconstruire un pont provisoire à l’aide des quelques rondins que nous avons apportés.
Après quoi, nous aimerions nous entretenir auprès d’un représentant de Sa Majesté Apostolique au sujet des derniers évènements fâcheux en Avaricum.

Sincèrement vôtre,

Général Arban de Tassier, commandant du 2e Régiment d’Artillerie Impériale de la Seconde Armée. "

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Re: Le vent tourne-t-il ?

Message par Édouard VII le Dim 5 Juil 2015 - 23:57

Peuple aldarnorin a écrit:Le marquis de Calvo, gouverneur militaire de la petite ville de Béranfac, juste à la frontière avec Avaricum fut naturellement celui à qui les gardes-frontières amenèrent le message. L’endroit étant tranquille depuis bien des mois, comme à son accoutumée il dînait à l’heure qu’il était. Avarois de naissance, naturalisé Aldarnorin par grâce spéciale du roi d’Aldarnor, François de Calvo était un être doux et courageux. Il était entré au service du roi d’Aldarnor alors qu’il n’avait que 16 ans, et depuis, il servait fidèlement son pays.

Les gardes-frontières arrivèrent au moment du fromage, chose qui importuna beaucoup le marquis, qui adorait son Saint-Niès.


― Gouverneur, je vous prie de bien vouloir m’excuser de vous déranger alors que vous êtes en plein repas, mais nous venons de recevoir un message d’une petite troupe avaroise juste à la frontière. Tenez

L’homme tendit le papier, et le marquis en prit connaissance.

― Hum… effectivement, c’est bien un message avarois. Nous pouvons faire confiance à Tassier, il est issue d’une noble famille, c’est un gentilhomme, s’il dit que ses intentions ne sont pas belliqueuses, c’est que c’est le cas.

Sa petite troupe ne doit pas être en sécurité en Avaricum. Reconstruisez le pont, allez au village chercher le charpentier, et qu’il construise un pont solide. Portez main forte à ces Avarois pour rétablir le pont messieurs. Et apporter le pli que je vais vous écrire.

Le marquis appela :


― Hector ! du papier et une plume avec de l’encre s’il vous plait : vite !!!

Le valet revint avec tout son attirail, le marquis commença à écrire :

Général,

Nous vous informons par la présente que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faciliter la reconstruction de ce pont. Je vous fais envoyer M. Francet, le charpentier le plus habile de la région à n’en point douter.

Je prends sur moi de vous laisser traverser ce pont avec votre troupe : je vous sais homme d’honneur.

En ce qui concerne votre entrevue avec le roi, nous en parlerons quand je vous rencontrerez, bientôt j’espère. J’en réfère immédiatement à M. le sénéchal, qui seul peut vous obtenir une audience près le roi.

Recevez mes respectueuses salutations,

Signé CALVO.

― Allez porter ce message !

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Re: Le vent tourne-t-il ?

Message par Édouard VII le Lun 6 Juil 2015 - 0:00

Arban de Tassier a écrit:Le gros de l’armée avaroise se trouvait légèrement en retrait, à quelques lieux de la frontière, afin d’éviter tout malentendu sur ses intentions. En effet, selon les règles élémentaires de la guerre, tout amassement de troupes le long d’une bordure nationale pouvait représenter une menace potentielle à l’intégrité territoriale. La centaine d’hommes accompagnant le général de Tassier montèrent quant à eux un camp sommaire devant le point d’entré entre les deux pays. Les fusils et canons étaient dissimulés afin d’éviter là-aussi le moindre accrochage : les soldats, travaillant le bois et vêtus de leurs simples dessous d’uniformes, étaient bien loin de représenter la moindre menace directe.

Sans réelle surprise, la réponse des autorités aldanorines était positive sur l’essentiel, reconstruire le pont, et conditionnelle sur la rencontre avec le roi. Les troupiers continuèrent de tailler et couper le bois jusqu’au petit matin, puis commencèrent à déposer les planches sur les fondations encore stables de l’ancien pont en pierre. Clous et poulies furent fournis par les avarois tandis que le charpentier aldanorin, le dénommé Francet, se balançait agilement au bout d’une corde afin d’atteindre les recoins les plus dangereux de la construction. Ces deux peuples voisins, et frères à bien des égards, faisaient montre d’une maîtrise des métiers manuels et artisanaux que l’on trouvait difficilement ailleurs. Enfants de la terre, fiers de leurs mains calleuses, ils ne trouvaient pas plus grand plaisir que de suer et saigner pour créer et façonner à partir de la nature brute et laborieuse.

Une fois l’ouvrage achevé, le général de Tassier le traversa aux côtés de quatre de ses subalternes à cheval. Droit comme un pique sur sa monture, il attrapa son tricorne surmonté d’une aigrette et, le faisant tournoyer, effectua un large salut.


- " Gentilhommes, je vous transmets les salutations distinguées de monsieur le Duc. Nous acceptons en son nom de rencontrer le marquis de Calvo, votre maître, et agréons bien volontiers de vous suivre jusqu’à lui. "

Le petit détachement se dirigea ainsi vers la ville de Béranfac, où leur hôte les attendait. Le voyage se déroula sans encombre et le commandant d’artillerie put ainsi remarquer à quelle point la campagne aldanorine n’était point très différente de celle du Saint-Empire. Prudents, les délégués, une fois arrivés, remirent leurs épées à l’entrée du château et attendirent d’être annoncés au gouverneur militaire.

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