La vindicte du pique

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La vindicte du pique

Message par Exarque de Villestreux le Mar 1 Nov 2016 - 2:37

Dans sa résidence huppée de la capitale, Maximillion-Constantin de Kazar-Tonnerre se donnait du bon temps. Le clerc en disgrâce noyait son isolation en dilapidant la fortune des nombreuses charges qu’il occupa sous le règne du souverain précèdent. Il travailla pour la Primature et fut un temps Exarque de Villeroy et même Grand Aumônier d’Empire, autrement dit au plus près du souverain même dans ses moments les plus difficiles. Mais l’avènement de la Régence de Barotant puis de la succession impériale de Léto-Victorien acheva la chute du dernier cercle d’anciens fidèles du Prince de Chandernagor, personnage haut en couleur qui marqua les années originelles de l’Empire par une série de scandales de mœurs culminant en son embastillement. L’ecclésiastique ne se rendait plus que rarement à ses obligations, poursuivant femmes et hommes dans les couloirs marbrés de sa résidence lors de fêtes dissolues et excessives.

Cette nuit-là, dans le parc de l’hôtel particulier, la lumière des chandelles venait se projeter sur les fontaines éteintes alors que les éclats de rires raisonnaient dans le voisinage. L’hôte des lieux venait de se retirer momentanément dans ses appartements en jeune compagnie. Entre deux arbrisseaux, une silhouette se faufila jusqu’au mur de l’édifice, échappant au regard de gentilshommes portant l’épée. L’intrus grimpa jusqu’à un œil-de-bœuf puis entra en silence. Les minutes passèrent avant que ne retentisse soudain un cri terrifiant. Des bruits de pas résonnèrent à l’étage, les invités se précipitant sur la scène. Assis sur sa chaise percée, le corps inerte de Maximillion-Constantin était affaissé contre le mur lambrissé, les yeux percés, la langue coupée et la gorge tranchée. Au milieu de son jabot imbibé de sang se trouvait une carte de tarot représentant un as de pique. Des convives s’évanouirent et d’autres rendirent leur souper à la vue de cette sinistre scène. La nouvelle ne tarderait pas à se répandre et faire les choux gras de la presse castillonne. La silhouette, elle, s’était déjà évanouie au recoin d’une sombre ruelle.



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Re: La vindicte du pique

Message par Valérien Gatline le Mer 16 Nov 2016 - 12:54

A peine les premiers hommes de la maréchaussée arrivèrent sur les lieux du crime qu'ils firent évacuer les lieux et parquer les personnes présentes au moment du crime dans les jardins sous bonnes surveillance. A ce moment de l'enquête encore toute fraîche, cela faisait une trentaine de suspect. Du petit personnel jusqu'au convives. A chacun d'eux on pris la déposition tandis que le cadavre de la victime été évacué vers la morgue la plus proche.

Enfin un peu d'activité se disait Valérien en rendant visite au macchabée qui reposait dans la fraicheur souterraine des caves de l'académie de médecine de Castillon-Villeroy. Lui qui n'avait pourtant jamais vu le moindre cadavre de son existence semblait trépigner rien qu'à cette idée. Il allait être déçu le pauvre. Ce n'est pas aussi spectaculaire qu'on le croit. Du moins de l'avis du légiste.


"Maximilion-Constantin de Kazar-Tonnerre. Sujet mâle, septante années passées. Un mètre septante et deux pour cent et deux kilos. Énonça le légiste avec une certaine solennité. Sans doute la victime en imposait-elle de par son curriculum. Heure du décès, dix heures du soir passé de quelques minutes."

Il tira un tiroir coulissant et sortant le cadavre du frais retira la toile qui couvrait le cadavre.

"Nature du décès, meurtre.

-Pourquoi les yeux crevés ? Demanda Valérien.

-Bonne question. Le légiste ouvrit la bouche du mort sans délicatesse. Langue coupé net, et égorgé net. L'hémorragie due à cette blessure à condamner notre homme. Au moins il a eu une mort rapide comparé à tout ces bougres qu'on supplicie sur la grand'place. Ou pas, c'est selon."

Valérien regarda le cadavre avec intérêt. Les yeux percés, la langue coupé lui mettait un doute.

"Pourquoi ne pas l'avoir simplement égorgé, ou juste poignardé en plein-cœur si c'est la mort qui est souhaitable ?

-Que voulez-vous dire ?

-Ca ne ressemble pas à un crime normal. Les blessures en plus qui ne sont pas mortelle. Auguzt, les nynjas de père ne font pas ça ?

-Non. Quand ils tuent, c'est toujours net et sans fioriture.

-Donc on peut déjà exclure l'œuvre d'un tueur à gages. Kazar-Tonnerre avait des ennemies ?

-Le mieux serait de voir avec les témoins.

-Bien, docteur vous enverrez le rapport d'autopsie à mes bureaux."

Ils quittèrent la morgue et montèrent dans une voiture direction l'hôtel de l'ex-exarque.

-Pour avoir été tué de cette manière Auguzt, il a due énervé quelqu'un. Quelqu'un de haut-placé.

-L'assassin pourrait aussi être un taré qui prend son pied.

-C'est une possibilité. Mais il aurait pu prendre son pied avec n'importe quel bourgeois ou pauvre de la capitale. On ne prend pas son pied avec un homme du haut-clergé car il faut passer outre ses gardes-du-corps.

-L'Empereur aurait pu commandité l'assassinat ?

-M'étonnerais, son cabinet noir n'est pas encore pleinement opérationnel pour ce genre de chose. Et ça ne lui ressemble pas je trouve. Nous en saurons plus quand nous interrogerons les témoins.
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Re: La vindicte du pique

Message par Exarque de Villestreux le Lun 21 Nov 2016 - 21:02

Un brigadier flanqué de ses trois soldats se dirigea vers la petite foule anxieuse attendant dans le parc de l’hôtel particulier. Certains s’exaspéraient et menaçaient de " faire s’abattre de vilaines conséquences " sur les responsables de la maréchaussée si ceux-ci ne les laissaient pas partir, tandis que d’autres encore commençaient à grelotter dans la fraicheur ambiante. Au fil des conversations entendues çà et là, il devenait clair que bien peu regrettaient véritablement le clerc assassiné et préféraient déplorer la fin de ce lieu de divertissements yssois, un bel euphémisme pour ces soirées licencieuses.

Le bas-officier, imperturbable, s’approcha d’une femme dont le fard s’était déteint sous l’effet de quelques larmes forcées. C’était elle, disait-on, que l’on avait vu la dernière en compagnie intime avec Maximillion-Constantin.


- " Mademoiselle, je vous saurais gré de nous suivre. Le lieutenant-général souhaiterait s’entretenir avec vous. "

- " Bien. " dit-elle en se relevant sèchement " Mais sachez que je ne désire pas rester ici plus longtemps. "

Le groupe se dirigea vers Valérien. La dame fut introduite sous le nom d’Eugénie de la Bourdonnais, la fille d’un discret parlementaire du Présidial de Puyravault.

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